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A propos du travail de Martin Ziegler/Echos

Mise en ligne le 31.07.2003

Dossier de presse édité par L. Mauguin
« Surpris par la nuit », France Culture, entretien entre Alain Veinstein et Martin Ziegler pour la parution de Par le recouvrement du pas, émission de l'actualité de la poésie du 21 octobre 2002 avec quatre invités : Martine Broda, Hisashi Okuyama, Martin Ziegler, Jean-Pierre Lefebvre.

AV. - Vous êtes né en Allemagne, en 1956, Martin Ziegler, et, comme Hisashi Okuyama vous avez choisi d'écrire en français. Alors, j'ai envie de vous poser la même question. Qu'est-ce que le français vous permet d'écrire que l'allemand ne permet pas ?

MZ. - Il est presque impossible de répondre à cette question dans la mesure où le regret de ne pas écrire dans l'une ou l'autre langue surgit presque régulièrement. Je dirais donc plutôt que je pense, que j'espère, écrire ni dans l'une ni dans l'autre langue. J'écris au-devant de moi, dans un dehors imaginaire, vers une origine de langue à venir, si bien que l'impression d'un retard sur ce que j'ai tenté de faire est toujours présent et que je ne comprends mes propres poèmes que de loin.

AV.- Quand vous les écoutez, comme à l'instant...

MZ. - ... je les redécouvre, d'une certaine manière, avec vous.

AV. - Il y a des mots qui reviennent tout de même. Le mot « trace » par exemple, le mot « pas », le mot « absence » aussi.

MZ. - Il serait sans doute prétentieux de dire qu'il y a un vocabulaire élaboré petit à petit, comme une sorte de grammaire - là encore à venir. Cela serait exagéré sans doute. Mais il y a certainement la tentative de conquérir pour soi un territoire de mots, de fragments syntaxiques.

AV. - Les mots sont au-devant, ils ne sont pas derrière vous ?

MZ. - C'est délicat comme question. Je dirais : ils sont le présent. Ils sont le présent comme il y a peut-être - je l'espère - la présence du poème. La poésie, elle (d'où aussi peut-être une réticence à un grand titre comme "L'actualité de la poésie"), est toujours à venir. Elle est toujours déjà à venir.

AV. - Est-ce que ce sont les mots qui arrivent les premiers sur la page ?

MZ. - Quelquefois oui... et avec insistance.

AV. - Le mot « pas » par exemple ?

MZ. -Tout dépend lequel des deux.

AV. - Je crois que vous récusez l'idée de but, et même de sens. Je vous ai entendu dans un entretien avec Arlette Farge, sur France Culture, où vous disiez que la poésie était pour vous distincte de ce qui donne un sens.

M.Z.- Pour, entre autres, les raisons évoquées, à savoir que c'est quelque chose à venir. Je pense qu'il y a dans cette écriture une attention précisément à ce qui n'est pas, à un sens qui fait défaut. D'autres l'ont appelé une attention à un blanc qui est laissé...

AV. - Est-ce que le mot est là pour effacer ou pour marquer, laisser une trace ?

M.Z.- Je n'aurais pas pu le dire mieux. Je ne peux que renvoyer à l'emploi d'un terme qui me semble essentiel dans mon propre travail, celui de « recouvrement », qui est un double mouvement, qui est à l'image même de ce « pas » dont il a été question. L'un étant comme le travail de l'autre, mais travail dans le sens de l'entrave, de ce qui est douloureux. Une sorte de patient actif ou d'active patience. Une ouvre morte, dans le sens technique, et de désouvrement.

AV. - On peut penser en vous lisant à un poète qui lui aussi a beaucoup utilisé le mot « pas » qui est André du Bouchet et à une phrase qui est :« J'écris aussi loin que possible de moi » qu'on trouve dans Dans la chaleur vacante.

M.Z.- Oui. André du Bouchet occupe une place dans ma vie que je ne veux pas qualifier. Le dernier poème que vous avez donné à écouter lui est dédié. Celui qui commence par « où soudain ». « Aussi loin que possible de moi » : dans ce sens, là aussi, et pour rattacher ce que vous dites à ce que nous avons dit précédemment, je ne suis peut-être même pas un lecteur privilégié de mes propres poèmes.
Car, d'une certaine manière, je suis plus sévèrement loin de moi dans le poème qu'un autre y est loin de lui.

AV. - Vous avez travaillé aussi sur Maurice Blanchot. On a pu lire un texte de vous dans le numéro 7 de la revue Ralentir Travaux, qui proposait un dossier Blanchot. Un texte dans lequel vous citiez quelqu'un d'autre avec qui vous avez travaillé qui est Michel Foucault. : « Pas de réflexion mais l'oubli, pas de contradiction mais la contestation qui efface, pas de réconciliation
mais le ressassement. »

M.Z.- Que vous dire de ça, de but en blanc ! Difficile de vous dire quelque chose, et de Michel Foucault. Blanchot, je pense que pour qui le connaît, pour qui il est présent, l'a entendu dans tout ce qui s'est dit ici, aujourd'hui.

AV. - Vous avez publié quelques livres que je voudrais rappeler. Il y en a eu deux aux éditions de l'Aube dans les années 80 : La suite des temps et Duel, idylle, adresse. Et ensuite, on peut dire que vous avez trouvé votre éditrice en la personne de Laurence Mauguin.

M.Z.- Tout à fait.

AV. - Qui publie un récit poètique Ô ter abcède en 1997, puis deux livres de poèmes : Vitres griffées éteintes (un livre qui a reçu le prix Claude Sernet en 1998) et Chemins à fleur autrement blancs en 2000. Ce qu'on a entendu tout à l'heure est extrait d'un CD que L. Mauguin publie aujourd'hui sous le titre Par le recouvrement du pas, mais qui reprend des poèmes des deux livres que j'ai cités.

M.Z.- C'est cela. C'est un travail à part entière qui est né d'un commun accord entre l'éditrice et moi. Il ne suit pas l'ordre des poèmes tel qu'il est présenté dans les deux recueils. Ce travail a été fait en studio. Il n'y avait pas l'occasion de le faire lors d'une lecture publique, peut-être qu'une autre fois ce sera le cas. J'ai donc essayé de faire avec cette technique qui, même si elle est plus froide, plus distante, permet une autre lecture encore.

AV. - Pour vous, c'est important de lire vous même vos poèmes, à haute voix, et même en public. Vous faites beaucoup de lectures publiques.

M.Z.- Grâce à L. Mauguin - puisqu'en France c'est quelque chose de plus rare - il y a eu de nombreuses lectures publiques, c'est pour moi tout aussi important, voire plus important, que la publication.

AV. - Je voudrais signaler également, le premier numéro d'une nouvelle revue qui propose un panorama de la poésie contemporaine en Europe et qui s'intitule Pas, - titre que vous avez dû inspirer à Laurence Mauguin, l'éditrice...

M.Z.- Non, je n'interviens pas dans ses choix.

AV. - C'est la lectrice alors qui a dû choisir ce mot pour cette revue à laquelle vous collaborez. Qu'est-ce qu'on trouve dans le sommaire de ce premier numéro ?

M.Z.- Je suis intervenu dans cette revue, comme je le fais très régulièrement, mais le choix ne m'appartient jamais - c'est un principe sans lequel il n'y a pas de collaboration possible -, en proposant quelques poètes contemporains allemands. Vous trouverez Tina Stroheker ou Anton Leitner. J'avais également depuis un certain temps avec moi les poèmes de Biagio Marin qui a écrit en gradois (dialecte du Nord-Est de l'Italie) et pour lequel je n'avais pas trouvé d'éditeur. L. Mauguin a fait un choix de poèmes parmi ceux que j'avais traduits.



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