30 janvier 2012
David Grossman à Bruxelles !
PlusVoici une vraie découverte. Robert Alexis, jeune auteur français édité chez Corti, publie son second roman, La Véranda.
Joli livre, illustré d'une peinture énigmatique, empreinte de nostalgie, ce petit opuscule cache bien son jeu.
D'une belle plume, l'auteur nous convie à voyager aux côtés d'un jeune dandy du XIXème siècle, suffisamment aisé pour passer sa vie en pérégrinations, de l'Autriche à la Hongrie, de la Turquie à la Roumanie, jusqu'au jour où lors d'une croisière son regard est irrésistiblement attiré par une villa, mystérieuse demeure à l'abandon. Le jeune homme déploiera tous ses talents pour convaincre l'énigmatique propriétaire de lui céder son bien, et parviendra à ses fins.
Subtilement, à l'aide notamment d'un procédé cher à Julien Gracq, l'italique, Robert Alexis invite le lecteur à « brise(r) la croyance d'un monde unique. Plusieurs dimensions coexistaient dans un unique objet. On passait de l'une à l'autre en forçant les serrures, en se mettant en danger. »
A l'image de certaines nouvelles de Maupassant, le cadre champêtre, éclaboussé de soleil et d'insouciance, révèle ici quelques zones d'ombres à glacer le sang. C'est à quitter « un monde en bonne santé (...), sans arrière-fond » que l'auteur nous invite pour franchir « une limite que je considérais avec effroi ».
Original et inquiétant!
Assez différent de ses précédents romans, le nouveau livre de Paul Auster, Dans le scriptorium, est un peu déroutant.
Un vieil homme, amnésique, se réveille un matin dans une chambre; est-il enfermé, ne l'est-il pas? Reçoit quelques visites et appels téléphoniques de gens qu'il connaît sans pour autant les reconnaître, (re)découvre un manuscrit dont il lui faudra imaginer la fin.
Monsieur Blank le bien nommé s'interroge, hésite, oublie, s'insurge, se déséspère...
Peut-être faut-il une connaissance approfondie de l'oeuvre de Paul Auster pour goûter pleinement ce nouvel ouvrage. Les ayant presque tous lus, j'ai cependant eu l'impression de passer à côté du roman, que certaines clés m'échappaient parce beaucoup de références aux différents personnages crées par l'auteur n'étaient plus suffisamment nettes à mon esprit.
Mais si l'on écarte ce qui a un peu gêné ma propre lecture, le thème sous-jacent de ce livre est bel et bien passionnant: un homme « réel » hanté par des personnages de fiction, au point que, comme le dit Paul Auster, « l'écrivain est le seul être véritablement vivant mais il peut mourir de la main des personnages qu'il a créés. »
Ces revenants de papier, sur lesquels l'écrivain a eu droit de vie et de mort, vont reprendre le pouvoir en le transformant à son tour en personnage de roman, appelé à comparaître éternellement en justice, autant de fois que des lecteurs pénètreront « dans le scriptorium ».
Parce qu'elle est à demi indienne (une mère Ojibwe et un père d'origine allemande), Louise Erdrich ne se lasse pas de faire revivre la mémoire et les secrets des indiens à travers son oeuvre.
Comme dans la plupart de ses romans, on retrouve dans le récent Ce qui a dévoré nos coeurs ce fameux « réalisme magique » cher à quelques auteurs contemporains sud-américains, tel Gabriel Garcia Marquez.
Faye Travers, fille d'une indienne ojibwe, est spécialisée dans l'estimation et la vente d'objets anciens. Amenée à faire l'inventaire d'une maison elle est tellement troublée par un tambour indien datant du XIXème siècle qu'elle l'emporte et le cache, pour finalement partir à la recherche de son propriétaire originel.
Celui-ci lui racontera une terrible et troublante histoire, où l'instrument tiendra un rôle central. Réceptacle de tous les sortilèges du monde indien, il n'est pas seulement un objet de percussion, mais bel et bien le passeur de tous les drames, savoirs et secrets d'une communauté. Le fantôme d'une fillette s'y incarnerait notamment et ferait parfois entendre sa voix pour apaiser et guider les vivants.
Un beau livre, plein de souffle et de poésie.
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