30 janvier 2012
David Grossman à Bruxelles !
PlusDeux hommes; deux secrets; deux meurtriers?
La chose est sûre en ce qui concerne Ray Greenland, le personnage principal et narrateur d'Une vie d'emprunt de Russell Celyn Jones dont voici le premier livre traduit en français.
Ray Greenland, père et époux irréprochable, vit sous une fausse identité après avoir purgé douze ans de prison. Il a bâti pour sa femme, puis ses enfants, une véritable fable autour de son enfance, de ses origines, de sa famille, estimant qu'il avait suffisamment payé sa dette à la société pour risquer de perdre les êtres qu'il aime plus que tout.
Mais Ray Greenland, en dehors des heures qu'il passe sur le bateau qu'il pilote sur la Tamise, vit avec une épée de Damoclès sans cesse suspendue au-dessus de sa tête.
Elle se matérialisera sous les traits de Célestine, sa demi-soeur, qu'un hasard digne d'une tragédie classique placera sur sa nouvelle route. Cette femme machiavélique et brisée par la vie n'aura de cesse de mettre les proches de Ray sur la piste de ses errances passées.
Profondément humain, haletant et terrible, ce roman tient en haleine jusqu'à la toute dernière phrase et réussit à faire naître une très forte empathie du lecteur envers cet homme, rattrapé par un passé honni qui menace de détruire l'édifice d'une vie patiemment reconstruite.
Un livre intelligent et sensible.
Meurtrier, le vieux libraire de Morghor? Rien n'est moins sûr... Un jeune homme est mort dans sa boutique, c'est un fait. Il le dissimule. Il recrute bien vite un nouvel aide, jeune, beau, lui aussi.
Il est âgé, solitaire, quelque peu excentrique, trop secret quoi qu'il en soit pour un village tel que Morghor, où les Evangeline Agrobis sévissent. Vieille fille, repoussée depuis toujours par Monsieur Combes le libraire, Evangeline tient un petit commerce d'où elle observe d'un oeil affuté et sournois les faits et gestes de chaque villageois. Et de cet homme en particulier qui, en plus d'être suspect de ne l'avoir pas épousée, a un comportement étrange.
Alors elle le traque et trouve à alimenter ses inquiétudes, et celles de ses congénères.
Stéphane Héaume, qui signe avec Le contemplateur son quatrième roman, affine un peu plus à chaque ouvrage sa si belle écriture, déjà récompensée par le prix du jury Jean Giono et le prix Emmanuel Roblès pour son roman Le Clos Lothar.
On retrouve ici avec bonheur l'atmosphère et les décors baroques qu'il affectionne, ses paysages oniriques, et plus que tout ce style qui demeure tellement singulier dans le paysage littéraire contemporain.
Ce texte, plus encore peut-être que les précédents, chante et enchante, et se lit comme un long poème, tant il découle avec grâce ses phrases « alexandrines »... Longue carrière à Stéphane Héaume!
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