Le livre de Yaak

Maylis Daufresne

La vallée du Yaak... Peu d'hommes y vivent, quelques êtres épris de nature et de liberté, quelques trappeurs, une poignée de guides de chasse et de pêche.
Parmi eux Rick Bass, l'auteur entre autres du merveilleux Là où se trouvait la mer. Ancien géologue reconverti à l'écriture, cet homme vit depuis une vingtaine d'années dans cette vallée située au nord-ouest du Montana.
Ce livre n'est pas un roman, c'est un plaidoyer, un cri de rage, d'impuissance, d'un homme épris de sa vallée, qui lutte depuis deux décennies pour préserver ce site de « l'Amérique des entrepreneurs », et en particulier des compagnies forestières qui ravagent cette zone qu'une poignée d'hommes tentent désespérément de faire classer officiellement zone protégée.
Rick Bass parvient parfaitement par son écriture limpide à nous transporter dans ces espaces magnifiques, sauvages, qui hébergent une population diminuée mais tenace de grizzlys et d'ours noirs, de loups, de lynx, de renards et de coyotes, d'aigles, de cerfs et d'élans...
« Cette intégrité écologique (...) confère une magie singulière et persistante » à la vallée du Yaak : cette magie Rick bass nous la restitue à travers quelques « anecdotes » de sa vie quotidienne au coeur de cette contrée de rocailles, de forêts profondes et de cîmes enneigées.
Pas si anecdotiques ces longues courses en montagne sur les traces d'un grizzly aux pattes larges comme des raquettes... ces combats surpris au hasard d'une marche entre un ours et un cerf à l'impressionnante carrure, ces rencontres avec un coyote curieux de l'être humain...
Les hivers terribles où aller relever sa boîte à lettres est une vraie aventure donnent toute leur saveur aux courts printemps où le plus beau passe-temps est d'aller cueillir des baies avec sa petite fille...
De son bout du monde, il y a encore peu privé d'éléctricité et de téléphone, Rick Bass dit qu'il y vit « ivre de joie » et on le croit sur parole.
Aujourd'hui déboisé aux deux-tiers, ce lieu, un des derniers endroits sauvages des Etats-Unis, se meurt sous les coups de boutoir de l'urbanisation.
« Je crains que, dans un avenir proche, on ne comprenne plus guère le désir - ou le besoin - de nature qu'éprouve un homme ou une femme, que ce désir n'apparaisse plus que comme un caprice ou une faiblesse. Quand cela arrivera, alors la nature ? ou le lien riche et complexe que les hommes entretiennent avec elle ? aura perdu une partie d'elle-même. »
Le Livre de Yaak est une belle invitation à la reflexion, une formidable bouffée d'air insufflées par l'une des voix les plus originales de l'ouest américain. Pour que nous ne ressentions pas trop vite, trop souvent, « cette sensation vague et déprimante qu'il existait autrefois un monde différent de celui que nous connaissons aujourd'hui, cette impression étrange de flotter dans le vide et d'être déconnecté, cette indéfinissable solitude. »

Retour aux billets de lecteurs


Votre avis?