La littérature en habits de fête

Maylis Daufresne

Après deux recueils de nouvelles, voici le premier roman traduit en français de Zyranna Zatèli, native de la Grèce du nord, entre Thessalonique et la frontière bulgare.
Récompensée deux fois par le Grand Prix d'Etat, l'une des plus hautes récompenses littéraires de son pays, Zyranna Zatèli nous ensorcelle littéralement tout au long de ces 600 pages (cet ouvrage étant le premier tome d'une trilogie!) qui retracent sur quatre générations l'histoire d'une famille où le tragique côtoie sans cesse le fabuleux.
Dans ces âpres décors macédoniens, la nature et les éléments sont omniprésents et rythment le roman de leurs « coups d'éclat ». Tornades, foudre, déluge, sèment la panique et tuent aussi parfois. Car la mort frappe sans cesse mais ses procédés sont ici si poétiques, tellement énigmatiques, qu'elle n'est jamais macabre. On pense à un certain courant de la littérature sud-américaine; là, la mort donne à chacun valeur de symbole: celle-ci sera emportée par une vague immense, une autre retrouvée sans vie au sommet d'un arbre à la suite d'une tempête... Une corneille reçoit le dernier souffle d'une jeune mère et la suit dans la tombe, les enfants sont foudroyés, comme cet homme « mort debout », cueilli lui aussi par la foudre, sur la joue duquel on retrouve gravée l'écorce de l'arbre sous lequel il était assis quand la mort l'a trouvé.
L'enfance est également un thème majeur de l'ouvrage, merveilleuse et tragique, marquée elle aussi par l'inéluctabilité du deuil.
Mais les toupies tournoient et enchantent, les petits garçons marchent pieds nus sur la braise et les « zinas », jolis coléoptères mordorés, bruissent et ravissent les yeux des petits en miriades de vols étincelants.
Etranges destins, étranges rituels: la magie macédonienne est proprement envoûtante, j'attends avec grande impatience les deux tomes à venir...

La mort en habits de fête de Zyranna Zatèli

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