30 janvier 2012
David Grossman à Bruxelles !
PlusLe prix Renaudot des lycéens est moins connu, donc moins prisé que son grand frère... Il récompense pourtant cette année un fort joli premier roman : Le coeur cousu de Carole Martinez, qui a également obtenu pour ce livre le prix Ouest France Etonnants Voyageurs. Si l'action se déroule quelque part en Andalousie, Soledad, Angela ou Clara auraient aussi bien pu naître de l'imagination d'un Gabriel Garcia Marquez.
Filles de Frasquita aux dons étranges et à la nombreuse progéniture, chacune a reçu à l'orée de l'âge adulte, outre d'utiles secrets de guérison des corps et des âmes, une boîte ayant le pouvoir de révéler à celle qui accomplira les rites nécessaires les clés de son avenir, et ce à quoi la vie la destine.
Et voila une couturière qui brode de façon tellement réaliste que les fleurs de ses robes éclosent et se fânent, que les papillons de ses châles brodés s'envolent à la première brise; une fillette amoureuse du soleil qui irradie chaque nuit la lumière emmagazinée le jour, une muette qui soudain devient conteuse... Une femme qui embarque sur un bateau dessiné à la craie par son fils prodige...
Jetée sur la route avec ses enfants et sa mystérieuse science par un mari devenu fou, Frasquita traversera une Andalousie à feu et à sang où gronde la colère des paysans, y croisera un ogre, quelques révolutionnaires, et la mort en personne lui commandera une robe de bal...
C'est Soledad la benjamine qui nous conte l'histoire de cette famille accablée de ses dons, honnie par les hommes, maudite par les dieux... Un livre merveilleux, onirique, à la très belle écriture, à découvrir !
Le prix du meilleur premier roman étranger a lui été attribué au tout jeune auteur américain d'origine éthiopienne, Dinaw Mengestu, pour son roman Les belles choses que porte le ciel.
Son héros, Sepha Stephanos, a du abandonner son pays et la famille qui lui restait au cours de la sanglante révolution qui endeuilla l'Ethiopie dans les années 77-78. Parti dans des conditions dramatiques il vit tant bien que mal un long exil qui a commencé 17 ans auparavant et l'a emmené à s'installer dans un quartier de Washington majoritairement africain ; il vit tant bien que mal de sa petite épicerie, entre ses deux fidèles amis, Joseph, originaire du Congo et Kenneth, le kenyan, avec lesquels il partage et cultive une nostalgie teintée d'amertume qui leur tient lieu de repères dans ce pays qui leur reste étranger. L'arrivée d'une jeune femme blanche et de sa fille métis va bouleverser le quotidien de Sepha. Comme si, soudain, ces « belles choses que porte le ciel » pouvaient être à sa portée...
Par petites touches pleines de sensibilité et de pudeur, Dinaw Mengestu brosse le tableau de ce jeune homme, confronté à la difficulté de l'exil, à la régression sociale, à la misère affective et matérielle liées à sa condition d'immigré, qui tente de se créer des attaches et des raisons de vivre, tout simplement.
Ce roman empreint de nostalgie, courageux, attachant, ne laisse pas le lecteur indifférent et sa musique singulière reste longtemps gravée dans la mémoire.
Zadie Smith a elle moins besoin d'être présentée. Son premier roman Sourire de loup a en effet eu un succés considérable.
Avec De la beauté, son dernier livre paru, elle brille à travers une intrigue quasi shakeasperienne. Les Capulet et les Montaigu de Roméo et Juliette se nomment ici les Belsey et les Kipps.
Les pater familias, universitaires engagés, se détestent : l'un gauchiste convaincu, l'autre ultra conservateur, se calomnient et se méprisent à grand renfort d'écrits assassins et d'humiliations publiques. Mais voila que leurs femmes, nouvellement voisines, se lient d'amitié. Que père et fils tombent amoureux de la redoutable et manipulatrice fille de l'ennemi.
Une épouse décède, l'autre fuit son mari infidèle. Et les enfants d'ajouter leur grain de folie à ces vies qui s'emballent : l'intellectuelle s'entiche d'un jeune « slameur » du ghetto, le cossard se fait embrigader par une bande de haïtiens revendicateurs, le discret se réfugie au sein d'une Eglise honnie par son père...
Foisonnant, cocasse, riche en rebondissements, De la beauté nous parle aussi des liens affectifs en tous genres, de la quête de la beauté tous azimuts. Un roman ambitieux et réjouissant.
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