30 janvier 2012
David Grossman à Bruxelles !
PlusQui a entendu parler de l'affaire Edalji, contemporaine de l'affaire Dreyfus, mais qui eut lieu en Angleterre?
Et pourtant à l'instar de celle-ci, un écrivain célèbre de l'époque prit fait et cause pour un homme injustement accusé, et condamné à sept ans de prison pour des actes de violence dont il était innocent.
Voici donc récapitulée, en 556 pages passionnantes, cette période de l'histoire de la justice anglaise qui vit Sir Arthur Conan Doyle, créateur du fameux Sherlock Holmes, tenter de réhabiliter auprès des hommes George Edalji, injustement incrimé et puni.
Toute la première partie du roman nous trace en parallèle les vies d'Arthur et George jusqu'à ce que leurs routes se croisent.
George, fils d'un pasteur d'origine indienne ayant épousé une écossaise, est victime plusieurs années durant de la malveillance et de l'acharnement de personnes anonymes.
Avoué de son état, grand admirateur de la justice anglaise, le jeune métis sera condamné après une enquête et un procés baclés, relâché avant le terme prévu mais cependant privé du droit d'exercer sa profession. C'est à ce moment qu'il fait appel au grand écrivain qui s'est fait le champion de grandes causes « désespérées » plusieurs fois au cours de sa vie.
C'est ainsi que l'on découvre Conan Doyle prêtant sa plume et sa formidable énergie à la cause de ce personnage effacé et meurtri; Doyle qui invective les hommes de loi, la police, arrose la presse d'articles à scandales jusqu'à obtenir la modification de la loi anglaise puisque c'est grâce à cette affaire que seront autorisés par la suite les procédures de recours.
Ce livre est palpitant à plus d'un titre: une intrigue policière digne du meilleur Sherlock Holmes, la découverte d'une page d'histoire méconnue mais aussi les portraits très fouillés des deux personnages principaux, l'écrivain dans sa vie publique et privée, le jeune métis persécuté à la personnalité si riche sous des dehors très pondérés et policés.
Arthur & George, Julian Barnes
C'est aussi de justice qu'il est question dans le très beau Peintre de batailles de l'auteur espagnol Arturo Pérez-Reverte.
Ancien correspondant de guerre au tournant du XXème siècle, Faulques s'est installé dans une tour de garde abandonnée en bord de mer.
Parce qu'au bout de tant d'années passées à photographier les atrocités dont il a été témoin, il a réalisé que son art était trop limité pour vraiment raconter. Revenant aux maîtres anciens de la peinture il s'attache à peindre une gigantesque fresque guerrière sur les murs intérieurs de la tour.
Mais un homme, un croate, qui a suivi sa piste des années durant, se présente un matin pour demander des comptes. Pour demander justice. Parce qu'il estime avoir été victime du reporter. Parce que de longues souffrances, de terribles deuils ont marqués sa vie après qu'une des photos de cet homme célèbre ait parue dans la presse, et emporté un prix.
Cet homme, Markovic, au fil de longues conversations, obligera le peintre à se confronter à lui-même, à s'interroger sur la violence, la douleur, mais aussi la compassion et l'innocence.
Pour que progressivement le photographe qui affirme que les bourreaux sont « des gens normaux en train de faire des choses normales » et que la guerre « ne peut être photographiée correctement que si, lorsqu'on braque son appareil, ce qu'on voit ne vous affecte pas » en vienne à dire qu'"aucune photographie n'était inerte, ou passive. Elles exerçaient toutes une action sur ce qui les entourait, sur les gens qui y figuraient. Sur chacun des innombrables Markovic dont l'objectif s'appropriait les vies".
De multiples questions traversent ce roman magnifique, d'autant plus touchant lorsque l'on sait que Pérez-Reverte a été reporter de guerre de longues années durant. Et la toute dernière que le lecteur se posera peut-être pourrait être celle-ci: mais avec qui donc Faulques a-t-il réellement devisé tout au long de ces pages?
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