Fictives ou réelles, quelques femmes d'exception
Maylis Daufresne
Lui, touchant de sincérité, de constance, de générosité. De l'aube de sa vie à sa toute dernière ligne, il l'aime, sa « vilaine fille ».
Elle, roublarde, menteuse, cruelle, croise et recroise sa trajectoire tel le feu follet, évanescent mais tellement obsédant.
Lily, enfant pauvre des faubourgs de Lima, à l'image du papillon nocturne hypnotisé par la lumière, est fascinée par la richesse et ses prérogatives. Ricardo, son ami d'enfance, deviendra interprète à Paris. A Londres et à Madrid, à Tokyo ou Paris, elle viendra panser ses ailes abimées auprès de l'éternel soupirant, meurtrie moralement et parfois physiquement par ses amants riches mais bien souvent violents, voire vicieux. Entre deux rencontres, d'une nuit ou de quelques mois, lui croit mourir et se relève toujours, économise ses forces pour le sauvetage suivant.
Cette belle histoire d'amour, toute en rebondissements, se dénouera de façon tragique et poétique, à l'image de cette femme improbable et fragile...
Tours et détours de la vilaine fille
Mario Pedro Vargas LlosaPlus « concrête », tenace et réfléchie, Amantle, personnage principal de la romancière botswanaise
Unity Dow, n'en démord pas. Cette fillette disparue 5 ans auparavant aux abords de son village n'a pas été mangée par les lions. Elle entend bien le démontrer, quitte à se mettre à dos notables et autorités locales.
Sur fond de corruption et de meurtres rituels, cette toute jeune femme, terriblement obstinée et sûre d'elle, lèvera peu à peu le voile sur de terribles coutumes dans l'espoir d'aider une mère et une communauté à faire leur deuil.
Une conclusion en demi-teintes jettera une ombre sur cette personnalité un peu univoque de justicière improvisée pour laisser place à une angoisse qui, on le devine, marquera pour longtemps les pas de la jeune Amantle.
Les cris de l'innocente
Unity DowAprès le décés de sa mère, Georges Neethling, dont la famille a fui l'Afrique du Sud pour s'exiler en Suisse, décide de retourner dans son pays d'origine pour y vendre la propriété familiale qu'il connait surtout au travers des récits que lui faisait sa mère.
Quelques familles d'afrikaners, qui ont toutes bien connu les siens, survivent retranchées dans des fermes isolées sur le veld. Georges sera durant son court séjour le point de mire de cette micro-société, catalyseur des envies et des rancoeurs de ces gens meurtris et habités par la peur.
Clara, fille unique d'une famille de garçons chez qui le visiteur loge, incarne avec justesse l'image de ces jeunes afrikaners, issus d'une génération sacrifiée et qui scandent à leur hôte avec plus ou moins d'agressivité qu'il doit décider de « manifester par des actes concrets son amour pour cette ferme et pour ce pays, de témoigner son respect pour ses ancêtres, pour les épreuves qu'ils ont subies et les combats qu'ils ont menés, et d'exprimer sa solidarité avec son peuple ».
Clara est intelligente et discrète. Sans illusions et pourtant volontaire et rebelle. Face au jeune homme en perpétuel décalage avec un combat qu'il ne reconnait pas comme sien, elle est une belle figure d'héroïne toute en nuances derrière son immuable désinvolture. Le Retour au pays bien-aimé (
Karel Schoeman) est-il celui qui mène Georges de la Suisse vers l'Afrique du Sud ou de l'Afrique du Sud vers la Suisse?
Nives Meroi est une célèbre alpiniste italienne qu'
Erri De Luca accompagna dans l'une de ses expéditions himalayennes. Nous passons dans Sur la trace de Nives une nuit en leur compagnie, à flanc de montagne, à une altitude où le sommeil et l'oxygène sont denrées rares. Une longue conversation s'engage entre l'alpiniste et l'écrivain que ce dernier nous restitue sous forme d'un petit livre incantatoire et atemporel.
En filigrane la montagne bien sûr, ses exigences et ses dangers, mais la montagne que l'on devine prétexte à une belle métaphore de l'existence: "Je n'ai jamais éprouvé le désir de m'enfuir, d'annuler la descente. La descente fait partie de la montée et tu dois l'exécuter avec la même précision (...). Dans la descente, on complète le sommet."
Cet échange profond, plein de respect et de pudeur, laisse au lecteur le désir tenace de dire à Nives, à l'instar d'Erri De Luca: "Nous te regardons nous, de la race/de qui demeure à terre."
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