30 janvier 2012
David Grossman à Bruxelles !
PlusDeux frères, irlandais, l'un marin, l'autre terrien. Liam, du haut des falaises de Horse Island, rêve d'un sommet du Tibet oriental absent des cartes officielles, entraperçu par un seul homme, un aviateur chinois en perdition durant la dernière guerre: le mont Phur-Ri, « la montagne volante ». Obsédé par « ce besoin (...) insatiable qui nous pousse à rechercher l'inconnu, ce qui demeure vierge de traces et de noms jusque dans les territoirs quadrillés par la science, à rechercher cette page blanche, immaculée dans laquelle nous pourrons inscrire
une image de nos rêves éveillés », Liam réussit à convaincre son frère Pad de le suivre dans sa quête et son projet insensé d'être le premier à gravir ce sommet.
Mais au fur et à mesure que l'un se livre totalement à l'ivresse de l'exploit espéré, l'autre déchante et prend le large. Le lien fraternel aura pourtant raison des réticences de Pad, et l'entraînera aux côtés de son frère bien au-delà de ce qu'il avait imaginé.
L'autrichien Christoph Ransmayr vit à Cork, en Irlande. Il a beaucoup voyagé. Son livre La montagne volante est paru en 2006 en langue allemande. Bâti sur le principe des « phrases flottantes », ce long poème en prose se présente comme un vaste océan de strophes qui chantent aussi magnifiquement les brisants et les embruns de la mer d'Irlande que les glaciers et les éblouissants sommets des hauts monts tibétains.
A l'image de cet ermite qui grave inlassablement des mantras à même la roche ou de cet irlandais et de cette tibétiane s'enseignant mutuellement leur langue maternelle, Christoph Ransmayr croit en la vertu du verbe pour apprivoiser le monde et nous en fait l'éclatante démonstration grâce à sa plume envoûtante.
Histoire de fratrie, de politique, de civilisation, de philosophie, La montagne volante est un livre précieux et inclassable. Un livre hors-norme.
« Et c'est ainsi que le pied de la Montagne volante ne se trouvait
sans doute pas au Tibet, au pays des Khampas
mais au bord de la mer,
là où, voici cent cinquante millions d'années,
les falaises noires de Horse Island
avaient surgi des brisants.
Car Monkfish, Turbot, Hake et Cod,
et toutes nos voies d'escalade à travers ces parois
auxquelles nous donnâmes des noms de poissons
menaient hors de l'eau,
à travers des brouillards d'embruns, par-dessus des ceintures
de roches friables
où nichaient des oiseaux marins,
non pas simplement jusqu'au bord d'un pâturage
mais bien plus loin, par-delà la vie
et par-delà tous les pâturages,
jusque dans la pyramide de glace qui couronne le Phur-Ri. »
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