30 janvier 2012
David Grossman à Bruxelles !
Plus
Prendre soin. De la jeunesse et des générations
Depuis plusieurs parutions Bernard Stiegler plaide en faveur d'une « écologie de l'esprit » : de même que nous avons le devoir de nous soucier de la qualité des milieux naturels, nous devons prendre soin de la nature des « psychismes » dans lesquels naissent et se développent de futurs « esprits ».
Or la thèse majeure de l'auteur consiste à affirmer avec force que l'époque actuelle, celle du populisme industriel et du capitalisme pulsionnel, se caractérise par une tendance à la destruction des milieux propices au développement de « l'esprit » et, par voie de conséquence, de l' « attention » (au double sens d' « être attentif », et d' « être attentionné), permettant l'émergence d'individus responsables et « majeurs », au sens kantien.
Cet épuisement de la « valeur esprit » pour parler comme Valéry est dû pour une grande partie à l'incurie des « adultes » ayant délégué leur pouvoir d'élévation à un « psychopouvoir » usant de « psychotechnologies » captant l'attention des individus pour les détourner vers des objets de consommation. Ces critiques font écho et se superposent aux diagnostics de Foucault quant au « biopouvoir » et aux technologies de pouvoir, de la « gouvernementalité » et repris, entre autre, par le philosophe Agamben.
En dialogue avec ces derniers, d'ailleurs, Stiegler déplore qu'ils n'aient pas - ou très peu - déployés une pensée « pharmacologique » des dispositifs analysés. Pharmacologiques, c'est-à-dire que ces dispositifs peuvent être à la fois des remèdes et des poisons selon leurs usages, selon l'intelligence collective cultivée, selon les politiques menées : « Ce qui tend à produire de la dépendance doit alors devenir ce qui permet de s'émanciper de la même dépendance. »
Le philosophe ne doit pas arborer le rôle de thérapeute par rapport à ces pharmaka, mais plutôt décrire ceux-ci avec minutie et indiquer des pistes pour les « tordre dans le bon sens ». Tâche à laquelle s'attache Stiegler de manière exemplaire. Il est par contre de la tâche des parents, des institutions de programmes, des politiques de prendre en compte les enjeux extraordinaires auxquels notre époque singulière les confronte.
Ces quelques lignes sont évidemment trop concises pour rendre compte d'une pensée complexe, matérialisée dans un nombre d'ouvrages impressionnants. Un commentaire plus fouillé de cette oeuvre sera présenté sur ce site, profitant de la parution prochaine du second tome de Prendre soin, afin de vous inviter à vous plonger dans le travail de ce diagnosticien hors pair des dangers, mais aussi des promesses, de notre époque.
Retour aux billets de lecteurs